Récit d’une enquête généalogique (2/4)

Françoise Métral,

de la Haute-Savoie à la région lyonnaise

Dans le premier billet de cette série, je vous ai présenté une partie de la branche que j’ai voulu étudier en profondeur : Françoise MÉTRAL, Claude MILLET, ainsi que la mère de ce dernier, Marie MILLET.

Cette recherche généalogique ne fut pas un long fleuve tranquille. Je suis contente d’avoir tout de même réussi à recueillir un nombre conséquent d’informations, grâce à un travail méthodique, et à l’aide d’un soupçon de chance parfois !

Je vais donc maintenant pouvoir vous retracer les grandes étapes de la vie de mon arrière-arrière-grand-mère, Françoise MÉTRAL (1832-1894), en faisant appel à toutes les connaissances que j’ai pu amasser à son sujet.

Ascendants et descendants de Françoise Métral

Ascendants et descendants de Françoise Métral

Les origines

Françoise MÉTRAL naît le 21 juin 1832 à Quintal1, village de Haute-Savoie à 10 km d’Annecy. Elle a une sœur jumelle, Claudine, ainsi que 4 autres frères et sœurs.

Elle est la fille légitime de Jean MÉTRAL (1797-1868), âgé de 34 ans, et de Josephte MALLINJOUD (1793-1870), âgée de 38 ans. Les ascendants de la famille MÉTRAL résident dans la commune depuis le début du XVIIe siècle.

Françoise n’a jamais appris à écrire. Les conditions de vie de la famille la poussent peut-être à tenter sa chance en vallée du Rhône à moins que ce ne soient ses parents qui la placent en ville en tant que domestique.

L’Église de Quintal, du XIe siècle, qui mêle l'art carolingien, oriental et lombard.

L’Église de Quintal, du XIe siècle, qui mêle l’art carolingien, oriental et lombard.

Une erreur d’inattention peut mener loin

On perd la trace de Françoise MÉTRAL jusqu’en 1865. À 33 ans, elle gagne sa vie en tant que domestique, “demeurant au service de Jean MILLIAT, propriétaire à Feyzin2 (à l’époque dans le département de l’Isère).

Il faut savoir qu’au début de mes recherches, dans un moment d’égarement, j’avais mal déchiffré le nom inscrit sur le registre des Mariages : je lisais “Millet” au lieu de “Milliat”. C’était ainsi bien commode pour élaborer une théorie fumeuse supposant une filiation entre Claude MILLET et le patron de Françoise. Je pouvais ainsi broder sur la pauvre domestique qui se retrouvait enceinte grâce ou à cause du fils du patron…

Voici l’écriture originelle dans le registre. Si des lecteurs spécialistes de paléographie voulaient bien me confirmer la transcription, je leur en saurais grée.

LEÇON N°5 : Reprendre régulièrement les documents originaux (surtout en cas de blocage) et vérifier qu’il n’y ait pas d’erreur de transcription.

Un mariage et trois enterrements...

Françoise MÉTRAL se marie à Ternay (20 km au sud de Lyon) le 12 juillet 1865 avec Paul MERMET, poseur au chemin de fer3, de dix ans son aîné. Ce dernier a perdu il y a seulement quelque mois sa première épouse.

Ternay, vue générale (source : delcampe.net)

Ternay, vue générale (source : delcampe.net)

Une petite fille naît rapidement, le 10 juin 1866, prénommée Péronne Joséphine. Hélas, le bonheur est de courte durée. L’année 1868 va en effet se révéler très dure pour Françoise. En quatre mois, elle va devoir supporter plusieurs décès consécutifs : celui de son père (à l’âge de 70 ans), de sa sœur Marguerite (à l’âge de 32 ans), et surtout celui de son mari, Paul (à l’âge de 46 ans). Peut-être ces décès sont-ils dus à l’épidémie de variole qui sévissait cette année là dans le pays ? 4

Nous sommes en 1868, Françoise se retrouve seule pour élever sa petite fille de deux ans.

La rencontre avec mon arrière-arrière-grand-père

En 1869 ou début 1870, elle rencontre à 37 ans un habitant d’une commune voisine, Claude MILLET, un journalier qui a 6 ans de plus qu’elle. Françoise et Claude entament une liaison.

Malheureusement, ce dernier n’est pas libre, il a déjà une relation avec une certaine Philomène PIOT, qui a 25 ans de moins que lui…

Françoise tombe rapidement enceinte de Claude, et une petite fille, Marie Françoise, naît le 5 décembre 1870 à Ternay (il s’agit de mon arrière-grand-mère).

Le père de l’enfant, Claude MILLET, va déclarer la naissance de Marie Françoise et lui donne même son nom.

[…] est comparu M. Claude Millet, âgé de 44 ans, profession de journalier, demeurant à Feyzin, lequel nous a présenté un enfant du sexe féminin né le jour d’hui à 6h du matin à Ternay quartier de Flévieux enfant naturel de lui déclarant et de Métral Françoise veuve de Mermet Claude, âgée de 38 ans, profession de journalière domiciliée à Ternay auquel enfant le dit comparant a déclaré donner les prénoms de Marie Françoise.5

Cependant, Claude MILLET préfère poursuivre sa relation avec Philomène PIOTFrançoise MÉTRAL se retrouve de nouveau seule, pour élever ses 2 filles de 3 et 7 ans.

Un mariage = un accouchement !

Pourtant, elle fait une nouvelle rencontre, celle du dénommé Jérôme GRÉMEN, un journalier habitant comme elle la commune de Ternay. Françoise a 40 ans, mais se retrouve tout de même rapidement enceinte, alors qu’ils ne sont même pas mariés !

La grossesse a peut-être été perçue tardivement, toujours est-il que Françoise MÉTRAL et Jérôme GRÉMEN se dépêchent d’établir un contrat de mariage, de publier les bans et se marient le 18 janvier 1873, à Ternay, le jour-même de la naissance de leur fils Joseph ! Ouf, c’était moins une ! La naissance de l’enfant se produisant à 22h, il s’agit peut-être aussi d’un accouchement prématuré dû à la fatigue de la cérémonie de mariage…

Déménagements

Quelques années plus tard, la famille Grémen/Métral déménage pour habiter dans une petite ferme sur les hauteurs de Givors, “lieu du Bouchage”. C’est là que naîtra le deuxième enfant du couple en 1877, François GRÉMEN. C’est une sage femme qui déclare la naissance de l’enfant comme indiqué sur l’acte de naissance : “[…] Jérôme Grémen, âgé de 36 ans, fermier, ce dernier occupé à son travail […]”.

“Le Bouchage”, Givors, Rhône - Carte de l'état-major (1820-1866) (source : GéoPortail)

“Le Bouchage”, Givors, Rhône – Carte de l’état-major (1820-1866) (source : GéoPortail)

Quelques années plus tard, la famille change encore une fois de domicile pour habiter, toujours à Givors, 32 place du Suel6, soit plus près du centre ville.

Givors, place du Suel, 1905

Givors, place du Suel, 1905

Un recensement équivoque

Lors du recensement de la ville de Givors en 1886, le couple Françoise MÉTRAL et Jérôme GRÉMEN ont 4 enfants à charge, tous nés de Françoise mais de pères différents : Joséphine, 19 ans, ouvrière, née du premier mariage de Françoise avec Paul MERMET ; Marie, 15 ans, fille de Claude MILLET ; enfin Claudius, 14 ans, et Léon Jean, 9 ans, les deux fils qu’ils ont eus ensemble.
[EDIT 16/09/14] , grâce au commentaire d’Élise, correction du prénom du 4e enfant : il s’agit de « Jean » et non pas de « Léon »

Recensement 1886 de la commune de Givors (Rhône) - 32 place du Suel   source : Archives Départementales du Rhône 6 MP 343 p.3

Recensement 1886 de la commune de Givors (Rhône) – 32 place du Suel
source : Archives Départementales du Rhône 6 MP 343 p.3

On remarque sur ce document deux anomalies :

  • Les prénoms des deux garçons sont différents de leur prénom de baptême. Toutefois, c’était chose courante à l’époque7. De plus, dans notre cas, les âges correspondent bien aux dates de naissance qui nous sont connues, ce qui lève selon moi l’ambiguïté. En résumé, ici, Claudius = Joseph GRÉMEN, né en 1873 ; Jean = François GRÉMEN, né en 1877.
  • Marie Françoise MILLET est appelée ici “Marie GRÉMEN”, soit du nom de son beau-père. Je fais l’hypothèse que le préposé au recensement a commis une erreur (cela arrivait fréquemment  sur ce genre de documents8, surtout quand les habitants du foyer n’étaient pas en capacité de relire ce qui était écrit).

LEÇON N°6 : Toujours mettre en doute les informations contenues dans un document. Ne pas hésiter à les confronter à d’autres sources, notamment lorsqu’il s’agit de recensements.

Passage de génération

En 1891, la fille de Claude MILLET, Marie Françoise MILLET, qui vit désormais chez son père à Feyzin, épouse à Givors Maurice Arsène OGIER (mon arrière-grand-père, dont j’ai évoqué dans un précédent billet la période militaire au 3e Régiment de Zouaves). Dans l’acte de mariage, on note que la famille a déménagé pour quelques mètres, passant du 32 au 25 place du Suel (à moins que là aussi il ne s’agisse d’une erreur).

En 1892, le mari de Françoise MÉTRAL, Jérôme GRÉMEN, décède, à l’âge de 59 ans. Françoise lui survivra un an et demi ; le décès de cette dernière est déclaré par son gendre, Arsène OGIER, le 4 mars 1894.

Ce qu’il me reste à découvrir

Je n’ai rien trouvé sur la vie de Françoise MÉTRAL entre sa naissance en 1832 et son premier mariage en 1865. Pour les femmes, il faut reconnaître que c’est toujours plus difficile de trouver des ressources sur leurs jeunes années puisqu’elle ne participaient pas à la conscription militaire (enfin presque…).

J’aimerais parvenir à découvrir à quelle époque elle a migré de Haute-Savoie vers la région lyonnaise. Je ne vois qu’une possibilité : avoir accès à une base de données des recensements, avec noms indexés, idéalement pour toute la région Rhône-Alpes9 (car j’ignore dans quelle commune chercher). J’ai seulement constaté qu’elle n’était pas présente en 1861 dans le recensement de la commune de Quintal.

J’aimerais aussi trouver plus d’informations sur le patron chez qui elle travaille en 1865 (“Jean Milliat, propriétaire à Feyzin”). J’ai trouvé plusieurs Jean Milliat dans l’État Civil de la commune de Feyzin, mais je ne dispose d’aucun autre élément pour les discriminer.

Remerciements

Je n’aurais jamais écrit cet article sans les excellents conseils d’Élise dans son blog “Auprès de nos Racines” et notamment son billet “3 étapes pour raconter la vie d’un ancêtre Invisible”. Qu’elle en soit ici remerciée !

Notes

1. 258 habitants au recensement de 1836, soit environ 35 maisons. 
2. Extrait de l’acte de mariage entre Françoise Métral et Paul Mermet, Archives Départementales du Rhône, 4 E 4988  (accéder au document original
3. L’intitulé précis de sa profession est : ”poseur supplémentaire du chemin de fer d’embranchement de celui de Lyon à la Méditerranée avec celui de Lyon à Paris par le Bourbonnais” ! 
4. Source : “France. Mouvement de la population de 1861 à 1868” © Société de statistique de Paris, 1873 (voir le pdf
5. Source : Acte de naissance de Marie Françoise Millet, daté du 5 décembre 1870, Archives Départementales du Rhône. 
6. Dans le langage courant, “suel” désigne l’aire à battre le blé, la grange. (voir détails ici
7. Cf article sur le prénom en généalogie sur le wiki de FranceGenWeb 
8. Voir à ce sujet l’article sur les recensements de Geneawiki. 
9. Pendant ce temps, Family Search indexe les recensements de la ville de Toulouse, dommage… 

Sources et liens pour en savoir plus

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6 réflexions sur “Récit d’une enquête généalogique (2/4)

  1. Merci beaucoup pour la citation 🙂 Et bravo pour le récit de cette enquête passionnante ! J’ai beaucoup apprécié de lire le parcours de votre ancêtre.
    A bientôt,
    Elise
    PS : dans le recensement, il me semble qu’il s’agit de « Jean » plutôt que « Léon » (la première lettre du prénom est la même que pour Joséphine au dessus).

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