Récit d’une enquête généalogique (3/4)

Claude MILLET, ou MILLIET, ou MILLIER

(bref, ça dépend !)

Dans l’épisode précédent, je vous ai raconté les méandres de la vie de mon arrière-arrière-grand-mère, Françoise MÉTRAL, depuis la Haute-Savoie jusqu’à la région lyonnaise. Cette dernière a eu un enfant illégitime avec Claude MILLET, mon AAGP, dont voici maintenant le parcours, entre liaisons amoureuses et erreurs d’État Civil…

Ascendants et descendants de Claude Millet

Ascendants et descendants de Claude Millet

Les origines

Claude MILLET naît le 23 septembre 1826 à Veyssilieu (Isère), de Marie MILLET et de père inconnu. C’est la grand-mère de l’enfant qui va déclarer la naissance à la mairie. Veyssilieu est à l’époque un village de 350 habitants, à 50 km à l’Est de Lyon, dans lequel réside la famille MILLET depuis le milieu du XVIIIe siècle.

Histoires de cœur

Franchissons dès à présent quatre décennies pour nous retrouver à la fin des années 1860. Claude MILLET, la quarantaine passée, réside à Feyzin (actuellement dans le Rhône) et exerce la profession de journalier. Il a une relation avec la jeune Philomène PIOT, une domestique de Chasse (Isère, 20 km au Sud de Lyon) âgée d’à peine 19 ans.

Parallèlement, il rencontre Françoise MÉTRAL, 37 ans, et entame une liaison avec elle.

Ces deux histoires de coeur sont à tel point juxtaposées que 2 enfants de Claude MILLET naîtront, à 2 mois d’intervalle, de 2 mères différentes :

  • Marie Françoise MILLET, mon arrière-grand-mère, née le 5 décembre 1870 à Ternay, de Françoise MÉTRAL,
  • Paul PIOT, né le 4 février 1871 à Vienne (Isère), de Philomène PIOT.

Sur le moment, Claude va déclarer la naissance de Marie Françoise (et lui donnera même son nom), mais pas celle de Paul, qui conserve dans l’immédiat le nom de famille de sa mère. Cette dernière établira d’ailleurs un acte de reconnaissance pour son enfant, seulement à son nom, 17 jours après la naissance.

La situation du petit Paul sera régularisée trois ans plus tard, lors du mariage de Claude MILLET et Philomène PIOT le 16 février 1874 à Chasse. A la fin de l’acte de mariage, on lit :

Et aussitôt, les dits époux ont déclaré reconnaître pour leur enfant qu’ils entendent à présent légitimer, le nommé Paul Piot, né à Vienne le 4 février 1871, et âgé conséquemment aujourd’hui de 3 ans.

Le hasard fait parfois bien les choses

En parcourant les registres de naissances et décès de la commune de Feyzin, je suis tombée par hasard sur une mention bien triste : l’acte de décès d’un certain “Joseph MILLIER”, âgé de 9 ans. Et quelle ne fut pas ma surprise en constatant que ses parents s’appelaient “MILLIER Claude” et “PIOT Philomène” !

Acte de décès de MILLIER Joseph, 9 ans, décédé en 1880 à Feyzin (source : AD Rhône)

Acte de décès de MILLIER Joseph, 9 ans, décédé en 1880 à Feyzin (source : AD Rhône)

Je n’ai pas de preuve formelle, mais tout porte à croire qu’il s’agit du petit Paul MILLET (né PIOT) :

  • le nom des parents bien sûr ;
  • le nom de famille : Paul a été reconnu par son père à l’âge de 3 ans, son nom a dû être écorché par l’officier d’État Civil (plusieurs cas existent dans la fratrie, voir plus loin) ;
  • le prénom est différent : serait-ce un deuxième prénom d’usage ?
  • l’âge correspond (9 ans => né en 1871, décédé en 1880) ;
  • j’ai compulsé les tables décennales de Vienne : on ne trouve aucun autre enfant du couple qui serait né à Vienne et qui pourrait avoir « environ » 9 ans en 1880 ;
  • je n’ai retrouvé aucune trace d’un “Paul MILLET” ou d’un “Paul PIOT” au moment de la conscription militaire vers 1891, que ce soit dans les bureaux de Lyon Central, Lyon Sud, ou celui de Vienne.

LEÇON N°7 : Quand on veut étudier en profondeur le parcours d’une famille, une lecture exhaustive des registres des communes de résidence peut révéler quelques surprises.

Le couple MILLET / PIOT aura 5 autres enfants, mais les 2 derniers décèderont en bas âge :

  • Eugénie Anne (1876 – 1951)
  • Eugène François (1882 – >1906)
  • Eugénie Félicie (1884 – 1945)
  • Claude, né le 7 août 1886, décédé à l’âge de deux mois,
  • Émile Eugène Jean, né le 23 juillet 1892, décédé à l’âge de deux mois.

Conclusion : Sur 6 enfants, seuls 3 ont atteint l’âge adulte, deux filles et un garçon.

D’une génération à l’autre

En 1891, la fille de la première union de Claude MILLET, Marie Françoise, qui vit désormais chez son père à Feyzin, épouse à Givors Maurice Arsène OGIER (mon arrière-grand-père, dont j’ai évoqué dans un précédent billet la période militaire au 3e Régiment de Zouaves).

En 1893, c’est au tour d’Eugénie Anne MILLET, alors seulement âgée de 17 ans, d’épouser Jean POURREAUX, plâtrier-peintre de 31 ans, voisin de la famille.

Claude MILLET décède le 27 janvier 1895, à l’âge de 68 ans, en la commune de Feyzin.

L’année suivante, Philomène PIOT, restée veuve, réside toujours à Feyzin. Le recensement de 1896 nous indique qu’elle a 2 enfants à charge et un pensionnaire.

Recensement 1896 - commune de Feyzin (source AD Isère, cote : 10NUM/123M191/1896, p.20)

Recensement 1896 – commune de Feyzin (source : AD Isère, cote : 10NUM/123M191/1896, p.20)

Ici encore, on remarque une erreur grossière : le prénom “Antoinette” est inscrit deux fois à la suite. Or, aucun enfant du couple ne s’appelle “Antoinette”. Par contre, deux enfants pourraient correspondre :

  • Eugène François, né en 1882, donc environ 14 ans en 1896
  • Eugénie Félicie, née en 1884, donc environ 12 ans en 1896

Pour étayer mon hypothèse, il faudrait que je détecte la présence de Philomène PIOT dans le recensement de 1901, je ne l’ai pas encore compulsé dans son intégralité, mais pour l’instant, cela n’a rien donné.

Philomène PIOT décède le 14 juin 1904, à l’âge de 52 ans. 

Six semaines plus tard, le 30 juillet 1904, encore en deuil, sa fille Eugénie Félicie se marie avec Germain Émile BEY, 27 ans. Ce dernier a migré de son village de Tréminis, dans les hautes montagnes iséroises pour venir travailler à l’usine dans la région lyonnaise.

Tréminis - Isère (source : delcampe.net)

Tréminis – Isère (source : delcampe.net)

Orthographe du nom de famille

Revenons maintenant à l’orthographe du nom MILLET. Vous avez peut-être remarqué sur l’arbre en début d’article que les noms des 3e, 4e et 5e enfants de Claude et Philomène étaient MILLIER, et non MILLET.

Acte de naissance de Eugène François MILLIER (source : Archives Départementales du Rhône 4 E 11821)

Acte de naissance d’Eugène François MILLIER (source : Archives Départementales du Rhône 4 E 11821)

En effet, Claude MILLET n’ayant jamais signé aucun acte, il est très probable qu’il n’ait pas non plus su épeler son nom.

Quoiqu’il en soit, pour rédiger les actes de naissance, le greffier écrit le nom de famille comme il l’entend (au sens propre comme au figuré). Il transforme donc à jamais le nom des descendants, une pratique que je croyais abolie avec l’avènement de l’État-Civil. Après enquête, il s’avère que ces erreurs sont encore très fréquentes au XIXe siècle, comme l’explique le généalogiste Jean-Louis Beaucarnot sur le blog de Geneanet :

Les noms de famille n’ont jamais eu d’orthographe, et ce en gros jusqu’à la création des livrets de famille (vers 1890) et même, en fait, jusqu’à la généralisation de l’alphabétisation, au début du XXe siècle. Il en résulte que deux frères ont fort bien pu voir leur nom orthographié différemment sur leur acte de naissance (Dupont et Dupond, Després et Déprez…)…

Dans le tableau ci-dessous, on constate que ces erreurs sont toutes dues au même officier d’État Civil, exerçant à Feyzin entre 1880 et 1886. Le dernier enfant du couple, né en 1892, verra son nom correctement orthographié.

Tableau synthétique des actes d'État-Civil des enfants du couple MILLET / PIOT. N = Naissance ; D = Décès En jaune, les 4 actes sur lesquelles l'orthographe du nom a été modifiée.

Tableau synthétique des actes d’État-Civil des enfants du couple MILLET / PIOT. N = Naissance ; D = Décès
En jaune, les 4 actes sur lesquelles l’orthographe du nom a été modifiée.

On remarque aussi dans l’acte de mariage d’Eugénie Félicie MILLIER avec Germain Émile BEY que la mariée signe bien “MILLIER” tandis que le frère, témoin, signe “MILLET” (donc différemment de l’orthographe de l’État-Civil).

signature d'Eugénie Félicie MILLIER (AD Rhône)

signature d’Eugénie Félicie MILLIER (AD Rhône)

signature d'Eugène François MILLET, son frère (AD Rhône)

signature d’Eugène François MILLET, son frère (AD Rhône)

LEÇON N°8 : L’orthographe des noms propres peut varier, même sur les périodes récentes.

Mes recherches en cours

J’aimerais retrouver l’acte de mariage d’Eugène avec Marie Gabrielle MERCIER (le 24/11/1906 à Cavaillon). Cela me permettrait de savoir ce qu’il est advenu de l’orthographe du nom “MILLIER”, dans la mesure où c’est le seul héritier mâle. Malheureusement, les Archives Départementales du Vaucluse ne proposent les actes d’État-Civil numérisés que jusqu’à l’année 1905… Il faudra patienter !

J’essaie, à défaut, de mettre la main sur l’acte de naissance de l’épouse, sur Cavaillon ou ses alentours, pour la période 1873-1892. En effet, une fois cette date connue, je pourrais demander une copie de l’acte à la mairie de la commune.

Pour cette recherche, j’utilise le site RECEL (Registres de l’Etat-Civil En Ligne), sur lequel on peut trouver toutes les communes voisines d’une ville donnée, quel que soit le département, dans un rayon de 10 km. Grâce à ce service, j’ai pour l’instant trouvé une personne possible, même si les prénoms ne correspondent pas tout à fait :

  • MERCIER Gabrielle Clémentine, née le 2 novembre 1882 à Cheval-Blanc (code INSEE 84038)

Je dois encore poursuivre mes recherches, en élargissant le cercle à au moins 20 km, comme le préconise Rémi sur son blog Ingénéalogie.

Ce qu’il me reste à découvrir

À ce jour, j’ignore tout des premières 40 années de la vie de Claude MILLET, c’est-à-dire entre le mariage de sa mère en 1832 et sa rencontre avec Françoise MÉTRAL en 1869-1870. Je n’ai pas la possibilité de me rendre aux Archives Départementales de l’Isère, et les ressources en ligne sont rares pour cette période dans ce département­⁠ : les registres militaires numérisés commencent à la classe 1859, les recensements en 1896. Grâce à son acte de mariage avec Philomène PIOT, je sais au moins qu’il n’a pas déjà été marié, ou alors il l’a bien caché !

A terme, j’aimerais donc pouvoir me rendre à Grenoble, chercher sa fiche matricule dans la classe 1846 ainsi que son contrat de mariage de 1874 pour tenter de trouver de nouvelles pistes.

 

Dans le prochain et dernier épisode, je remonterai d’une génération mon rameau, pour me pencher sur le parcours de Marie MILLET, la mère de Claude MILLET,  qui a eu un enfant naturel, tout en se mariant par ailleurs 3 fois en 12 ans !

Pour en savoir plus

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