Récit d’une enquête généalogique (4/4)

Marie MILLET,

vie et destin d’une cultivatrice au XIXe siècle

Épisodes précédents : 

  1. La “ligne de vie par rameau”
  2. Françoise MÉTRAL, de la Haute-Savoie à la région lyonnaise
  3. Claude MILLET, ou MILLIET, ou MILLIER (bref, ça dépend !)

Suite et fin de mon enquête sur le rameau MÉTRAL / MILLET de ma branche maternelle. Dans la famille MILLET, je demande donc la grand-mère : Marie MILLET.

Dans ce billet, je vous propose de vous pencher sur le parcours d’une agricultrice au XIXe siècle, qui se trouve être mon aïeule à la 5e génération. Ma connaissance de la vie de cette ancêtre, retracée essentiellement par ses actes d’État-Civil (elle s’est mariée trois fois, ça aide !), est forcément imparfaite et ne rend peut-être pas justice à ce qu’était réellement sa vie. C’est tout de même pour moi l’occasion d’évoquer la condition paysanne et féminine à cette époque.

ascendants et descendants de Marie Millet

ascendants et descendants de Marie Millet

Naissance

Marie Anne MILLET est née le quinze pluviose an neuf de la République Française (soit le 4 février 1801), à Veyssilieu (Isère). La commune était chef lieu de canton depuis 1790 et, à ce titre, le siège d’une justice de paix dont le greffier s’appelait Claude GUICHERD 1.

Le trajet de Lyon à Veyssilieu s’effectuait en diligence jusqu’à Crémieu et se terminait à pieds par le bois !  Ce n’est qu’en 1885 que le train arriva jusqu’à Crémieu. Économiquement, le village était pauvre ; les habitants, agriculteurs (céréales, vigne, fruits…) ou éleveurs (de volailles principalement), vendaient leurs produits au marché de Crémieu. Une étude de notaire, un moulin et plusieurs cafés participaient à l’activité du village. Les femmes fabriquaient du tulle chenille.

(extrait de Histoire de Veyssilieu et de sa cure)

Elle est le quatrième enfant d’Antoine MILLET (ca 1759 – 1826) et de Claudine GRIMOLET (ca 1768 – 1850), mariés et domiciliés à Veyssilieu. Son prénom de baptême est “Anne”, mais nous l’appellerons “Marie” car c’est sous ce prénom que la plupart des autres actes de sa vie sont libellés.

Ses parents ont 5 enfants en tout, mais les deux premiers sont morts en bas âge.

Veyssilieu, l'ancienne église entourée du cimetière et de la cure (avant 1890) (Source : Histoire de VEYSSILIEU par le docteur Contamin et Mme Bechetoile)

Veyssilieu, l’ancienne église entourée du cimetière et de la cure (avant 1890)
(Source : Histoire de VEYSSILIEU par le docteur Contamin et Mme Bechetoile)

 Un enfant naturel et trois mariages

Marie MILLET a 25 ans lorsque son père décède en 1826. À cette époque, elle vit toujours chez ses parents et est enceinte d’un enfant sans père. Son fils, prénommé Claude, naîtra quelques mois plus tard, le 23 septembre 1826 et sera donc enregistré à l’État-Civil comme “enfant naturel”. C’est la mère de Marie, Claudine GRIMOLET qui ira déclarer la naissance à la mairie.

Marie élève seule son fils jusqu’à ses 6 ans. Nous sommes en 1832. Marie épouse alors, dans la commune voisine de Marennes, Jacques ARNAUD, un cultivateur originaire de Gap.

Marennes - Vue générale (source : delcampe.net)

Marennes – Vue générale (source : delcampe.net)

Malheureusement, 11 ans plus tard, Jacques ARNAUD tombe gravement malade et s’éteint à l’Hôtel Dieu de Lyon 2 le 17 juillet 1841, à l’âge de 40 ans.

L'Hôtel-Dieu de Lyon et le pont de la Guillotière à la fin du XVIIIe siècle. Aquarelle anonyme.

L’Hôtel-Dieu de Lyon et le pont de la Guillotière à la fin du XVIIIe siècle. Aquarelle anonyme.
« Hotel-dieu XVIIIe soufflot » par Original uploader was Oguedel at fr.wikipedia
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Marie épouse un an plus tard un veuf de 51 ans, Louis LABONNE, propriétaire cultivateur de Vénissieux. Hélas, ce nouveau mari décède également, cette fois-ci 13 mois après leur union. Marie MILLET se retrouve de nouveau seule, et deux fois veuve.

Le mariage étant à l’époque une nécessité économique, surtout à la campagne où l’on a besoin de bras, elle se marie une troisième fois onze mois plus tard, le 22 mai 1844, à Estrablin (Isère), avec Jean Michel DELORME, un cultivateur veuf âgé de 40 ans.

Estrablin (Isère) - début XXe siècle (source : delcampe.net)

Estrablin (Isère) – début XXe siècle (source : delcampe.net)

Il faut savoir que depuis la mise en place du Code Civil, on imposait aux femmes un “délai de viduité” de 300 jours avant de pouvoir se remarier, ceci afin d’éviter les conflits de filiation paternelle. Cette disposition n’a été abrogée qu’en 2004.
Les délais ici ont bien été respectés : 313 jours entre le premier et le deuxième mariage, 342 jours entre le deuxième et le troisième.

État de mes recherches

Dans les registres des villages concernés, je n’ai pas trouvé d’enfant qui serait né des premiers lits des deux derniers époux. Hélas, les recensements de ces communes n’étant pas numérisés, ma connaissance de leur cercle familial s’arrête là pour l’instant, dans l’attente d’une éventuelle visite aux Archives Départementales de l’Isère.

copie d'écran Heredis 2014 Mac - note de recherche Marie MILLET

copie d’écran Heredis 2014 Mac – note de recherche Marie MILLET

Je n’ai pas trouvé non plus la date et le lieu de son décès pour l’instant, ni celle de son mari. Une chose est sûre, ils vécurent ensemble pendant au moins trente ans. En effet, on retrouve Marie MILLET en 1874, lorsqu’elle se déplace à Vienne (distant de 8 km) pour déposer chez Maître de Fougerolles, notaire, son consentement pour le mariage de son fils Claude avec Philomène PIOT. Quinze jours plus tard, elle n’est pourtant pas présente à la cérémonie de mariage, qui se déroule à 17 km de chez elle, à Chasse. Est-elle trop âgée pour parcourir cette distance ? Sur l’acte de mariage, il est tout de même précisé qu’elle est vivante, ainsi que son mari. Elle est alors âgée de 73 ans.

C’est la dernière preuve de vie que je possède d’elle… À la mort de Claude, son fils, en 1895, l’acte de décès indique que la mère du défunt est décédée.

Notes

1. Parmi mes ascendants, j’ai un “Claude GUICHERD” vivant à Veyssilieu à cette époque, ce sera l’objet d’une future enquête… 
2. Premier hôpital construit à Lyon, à partir de 1184. Au XIXe siècle, il abrite un millier de malades.

Source et liens pour en savoir plus

Ainsi s’achève cette série d’articles sur mon rameau de branche MÉTRAL / MILLET. Cette enquête généalogique m’aura inculqué certaines règles, que je souhaitais regrouper ici en guise de mémo :

  1. Savoir se contenter du peu d’informations disponibles pour en tirer la substantifique moelle.
  2. Publier son arbre sur des sites généalogiques communautaires permet de débloquer certaines situations.
  3. Il ne faut pas hésiter à lever le nez de son logiciel de généalogie et à utiliser ce bon vieux Excel quand les évènements sont trop imbriqués.
  4. Ne pas s’enfermer dans une recherche purement temporelle.
  5. Reprendre régulièrement les documents originaux (surtout en cas de blocage) et vérifier qu’il n’y ait pas d’erreur de transcription.
  6. Toujours mettre en doute les informations contenues dans un document. Ne pas hésiter à les confronter à d’autres sources, notamment lorsqu’il s’agit de recensements.
  7. Quand on veut étudier en profondeur le parcours d’une famille, une lecture exhaustive des registres des communes de résidence peut révéler quelques surprises.
  8. L’orthographe des noms propres peut varier, même sur les périodes récentes.

J’espère que cette lecture vous a été agréable. N’hésitez pas à me faire part de vos remarques via les commentaires.

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5 réflexions sur “Récit d’une enquête généalogique (4/4)

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  2. Merci pour cet article très intéressant. La vie de Marie MILLET montre bien en effet, la condition féminine de l’époque et la nécessité de se remarier au plus vite.
    Et bravo pour cette enquête. J’ai beaucoup apprécié de découvrir cette famille à travers ces quatre articles 🙂
    A bientôt,
    Elise

    Aimé par 1 personne

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