La famille Peyron à Chalain-le-Comtal

  1. L’aubergiste et le curé
  2. La famille Peyron à Chalain-le-Comtal
  3. Le cahier de doléances de Chalain-le-Comtal
  4. Qui a volé la Vierge miraculeuse de Chalain-le-Comtal ?

Dans mon précédent article, je vous présentais les notes que l’abbé Valendru avait tenues sur la paroisse de Chalain-le-Comtal (Loire), commune habitée par mes ancêtres PEYRON au XVIIIe et XIXe siècle. Il s’avère que ces notes, couplées à mes recherches en ligne dans les Archives Départementales et l’étude patrimoniale de la commune m’ont apporté une quantité de renseignements sur cette famille, que je vous propose de découvrir ci-dessous. Pour chaque individu, j’indiquerai en gris et en italique les informations récoltées correspondantes.

Généalogie

L’ancêtre commun à cette étude, et premier porteur connu du patronyme est PEYRON Jacques (1708-1775), journalier et laboureur, marié à Jeanne LARMIER (1714-1763). Le patronyme PEYRON s’est rapidement répandu dans la commune grâce aux naissances majoritaires de garçons et à une forte endogamie géographique.

PEYRON Claude (1745-1792) cultivateur, sosa 504 (G9)

« […] était chargé d’abaisser le pont-levis du château, ou fort de Chalain. »

« […] bénédiction de l’église le 22 décembre 1895 […] Un vase des saintes huiles du baptême en argent, portant les noms de Benoît, curé, et Peyron, marguillier, fin du XVIIIe. »

=> a pour fils :

PEYRON Jacques Claude (1777-1853) aubergiste, sosa 252 (G8), marié à Louise JOASSARD (1780-1864)

« Claude Peyron fils de Claude et de Marie Duché, baptisé le 18 avril 1777 a eu pour parrain Jacques Claude Goulard de Curraize, seigneur de Chalain, et pour marraine Elizabeth Orcel épouse dudit seigneur. »

=> a pour fils :

PEYRON Philibert (1803-1884) adjoint au maire, marié à Antoinette TISSOT (1808-1879) sosa 126 (G7). Le couple a 9 enfants dont 7 atteignent l’âge adulte (5 garçons et 2 filles).

Recensement 1841 - Chalain-le-Comtal (AD Loire - 35NUM_038_6M161 - 1841, page 9)

Recensement 1841 – Chalain-le-Comtal (AD Loire – 35NUM_038_6M161 – 1841, page 9)

Sur le recensement de 1841, on remarque qu’outre leurs 5 enfants (2 sont encore à naître), ils cohabitent avec les parents du mari et 4 domestiques (2 jeunes filles, Annette MONNET et Louise RAVEL, et 2 garçons qui ne sont pas nommés, ce qui donne une indication du niveau d’intérêt qu’on devait leur porter…).

Descendants à la 4e génération du couple Claude PEYRON & Marie DUCHÉ (copie d’écran Geneanet)

Descendants à la 4e génération du couple Claude PEYRON et Marie DUCHÉ (copie d’écran Geneanet)

  • La fille ainée, Louise (1827-1892), sosa n°63 (G6), se marie en 1846 avec Barthélémy PÉRONNET, fils du maire de Valeille (situé à 17 km de Chalain). Ils ont 9 enfants dont 7 à priori atteignent l’âge adulte.
  • Jacques-Claude (1829-1907), aubergiste, marié à Claudine POULLY, est l’interlocuteur de l’abbé Valendru.

« PEYRON Jacques Claude conseiller municipal depuis 1852 et secrétaire de mairie depuis 1870 ; dont la famille est une des plus anciennes de la paroisse, vu que son implantation à Chalain remonte à 150 ans environ… M. Peyron, en homme intelligent, a le culte du passé, aussi est-ce invariablement à lui seul que l’on vous renvoie lorsqu’on s’adresse à quelqu’un de la paroisse pour avoir quelques renseignements précis. Favorisé d’une mémoire surprenante, quoique âgé de de 70 ans, il se rappelle les moindres faits qui lui ont été rapportés par son grand-père. »

« Le château comtal […] construit sur une motte artificielle posée sur un petit relief naturel, et constitué d´une enceinte quadrangulaire bordé de fossés, avec des tours aux angles nord-est (encore existante en élévation en 1899, en maçonnerie de galets), sud-est (dans la maison de Jacques Claude Peyron, secrétaire de mairie âgé d´environ 70 ans, démolie par son grand-père, donc dans le 1er quart du XIXe siècle ?).« 

Enfants du couple Jacques Claude PEYRON et Claudine POULLY

Enfants du couple Jacques Claude PEYRON et Claudine POULLY

Jacques-Claude a 5 enfants :

  • L’aîné, Louis Philibert Jacques Claude (1856-) effectue son service militaire au 3e RZ, en Tunisie avant de devenir employé d’octroi à Montbrison.
  • Marie Benoîte (1859-1886) meurt à l’âge de 27 ans, une semaine après avoir donné naissance, pour sa troisième grossesse, à des jumeaux qui ne survivent pas non plus. Les deux petites orphelines de mère sont ensuite élevées par leurs grands-parents1.
  • François Antoine (1865->1911) effectue 4 ans de service militaire au 4e RZ en Tunisie avant d’occuper les fonctions de garde-champêtre de la commune de Chalain-le-Comtal de 1900 à 1911 au moins.
  • Benoît (1867->1911), fermier, prénomme son fils “Jacques Claude”, comme le veut la tradition familiale. Celui-ci, né en 1889, est porté disparu le 31 août 1914 en Alsace et déclaré “Mort Pour la France” 2.
  • La cadette, Claudine, naît en 1869. Je n’ai pas trouvé d’autres traces de son parcours.
  • Benoît (1831-1863), décède à l’âge de 32 ans, laissant derrière lui une veuve et deux jeunes fils de 3 et 4 ans. Le cadet décède 6 ans plus tard, à l’âge de 9 ans. L’aîné, Philippe, effectue son service militaire de 1880 à 1884 dans le 19e Régiment de Dragons. Il épouse ensuite Marie REVOLA, une cuisinière de 7 ans plus âgée. Les jeunes mariés en profitent pour reconnaître et légitimer un enfant né 2 ans plus tôt à Lyon 3e. Ils ont par la suite 4 autres enfants ensemble. Trois d’entre eux connaissent un destin tragique, décédés en moins d’une année (entre 1908 et 1909). Ils avaient 15, 17 et 18 ans.
  • Antoine (1837- >1895), maçon, a 6 enfants, dont 3 seulement atteignent l’âge adulte. Il est cité dans un filet du quotidien régional “Le Stéphanois”, en date du 16 avril 1889 :

Chalain-le-Comtal. — Vol de poules. —

Les voleurs de poules continuent leurs exploits dans la région de Montbrison. Ils ont visité le poulailler de M. Antoine Peyron propriétaire à Chalain-le-Comtal et ont pris un coq et vingt poules. La gendarmerie a ouvert une enquête.

Son unique  garçon, Jacques-Claude, travaille comme “poseur” au PLM (l’ancêtre de la SNCF).

Le métier de poseur de voies

Le métier de poseur de voies

En août 1914, cet emploi lui permet d’éviter la mobilisation générale. Il est “considéré comme appelé sous les drapeaux et maintenu à son poste du temps de paix au titre des sections de chemin de fer de campagne du 02/08/1914 au 05/02/19193.

  • Jean-Pierre (1840->1911) connaît une vie professionnelle moins linéaire. Voici les différents métiers que je lui ai retrouvés au fil des actes : aubergiste (1866), journalier cultivateur (1868), maçon (1873-1886), cultivateur (1896).

« […] une maisonnette en brique construite par le maçon Peyron. »

« (fondations repérées par le maçon Peyron lors de la construction de l’étable du presbytère, vers 1890). »

Sur ses 9 enfants, 5 seulement arrivent à l’âge adulte.

  • L’un d’eux, Jean-Pierre (1871-1935), même prénom, même profession de maçon, a un parcours militaire assez intéressant : il accomplit ses 3 ans de service actif dans le Régiment d’Artillerie de Marine, basé à Toulon, et participe à l’Expédition de Madagascar de 1893 à 1895 (intervention militaire qui conduit à la colonisation de Madagascar par la France). Les malgaches n’opposent qu’une faible résistance, mais la maladie (paludisme et typhoïde) décime les troupes françaises, peu acclimatées.
Canon de 80 bombardant les positions hovas d'Andriba - Madagascar - 1895 (source)

Canon de 80 bombardant les positions hovas d’Andriba – Madagascar – 1895 (source)

« La Plaine du du Forez qui autrefois fournissait peu de soldats fournit aujourd’hui son contingent comme ailleurs, et même d’après ce que j’ai pu constater, ses enfants seraient-ils plus résistants au climat des colonies que ceux de la Montagne. Si bien qu’ainsi, actuellement, Chalain compte un certain nombre d’anciens soldats ayant fait les campagnes du Tonkin et de Madagascar sans un seul jour de maladie qui en sont tous revenus tout aussi bien portants qu’à leur départ (Barailler François, Ligon Antoine, Peyron, Gazot, etc.). »

Il est ensuite “Réformé n°2 […] pour infirmités ne pouvant être attribuées au service militaire (cicatrices très étendues suite de brûlures)”, peut-être un accident domestique… Lors de son intégration dans l’armée territoriale, son registre matricule fournit une indication intéressante que je n’avais jamais rencontrée auparavant : “Déclaré en état de faillite par jugement définitif du Tribunal de Commerce de Montbrison du 20/02/1909” (est-ce en rapport avec son activité de maçon ?). Après toutes ces péripéties et à l’âge de 43 ans, il est tout de même rappelé sous les drapeaux en 1914 et doit participer pendant 2 ans et demi à l’effort de guerre (au 53e RA, 13e ETEM, puis 38e RI) avant d’être finalement “détaché le 13/09/1917 comme agriculteur”.

  • Un autre fils de Jean-Pierre “senior”, Jean-Claude (1881-1950), à 18 ans, s’engage pour 3 ans au 4e Régiment d’Infanterie de Marine, puis au 22e Régiment d’Infanterie Coloniale. Lui aussi est rappelé sous les drapeaux en août 1914, affecté tout d’abord au 102e RIT, puis au 16e RI le 12/04/1915. Il est évacué le 17/09/1918 pour “intoxication”. Il est cité à l’ordre du Régiment le 04/12/1918 :

Pendant les combats de 1917 et 1918 a assuré le ravitaillement de la Compagnie aux tranchées malgré les bombardements les plus intenses parcourant des routes violemment prises à partie par l’artillerie ennemie. Soldat brave et dévoué au front depuis le début de la campagne.

Il reçoit la Croix de Guerre avec Étoile de Bronze.

  • Marie (1844->1911) épouse le frère de l’épouse de son frère (vous me suivez ?). En d’autres termes, 2 enfants PEYRON ont pour époux 2 enfants POU(I)LLY.
Liens familiaux entre les époux François POUILLY et Marie PEYRON (copie d’écran Heredis)

Liens familiaux entre les époux François POUILLY et Marie PEYRON
(copie d’écran Heredis)

  • Benoît (1846-1880), menuisier, se marie en 1874 avec Benoîte TAMET, née en 1830 et donc 16 ans plus âgée que son époux (un tel écart d’âge, dans ce sens, est très rare, de l’ordre de 0,4 ‰ ; cf le cas similaire de mon soldat PUPIER.). Cette dernière est veuve de Jean Antoine CHAVAGNEUX (1816-1872) avec qui elle a eu au moins 2 enfants. Benoît décède 6 ans après son mariage, à l’âge de 34 ans. Je n’ai pas trouvé d’enfants pour ce couple.

Autres mentions

Mentions dans les “Notes sur la paroisse de Chalain” de l’abbé Valendru

Pour les mentions suivantes, il est difficile de distinguer précisément de quel individu on parle, les prénoms étant souvent identiques et l’âge ou la filiation manquants.

« Les artisans à Chalain à la fin du XIXe siècle :

Maçons : Peyron Jean Pierre, du bourg, Peyron fils, du bourg

Garde-champêtre : Peyron Fr. de Beauplan

Épicier : Peyron Jacques Cl.« 

Mes hypothèses :

  • Maçons : PEYRON Jean-Pierre (1840- >1911) et son fils, prénommé également Jean-Pierre (1871-1935) ?
  • Garde-champêtre : PEYRON François (1865 – > 1911) : garde-champêtre à Chalain de 1900 à 1911 min.
  • Épicier : soit PEYRON Jacques Claude (1874-?) soit (1829-1907)

« La grande propriété à Chalain en 1898 :

[…] À noter aussi que deux ou trois domaines importants (domaine Peyron à la Loge, domaine Gontard du bourg) ont été vendus par parcelles à des particuliers. »

Mentions sur le site de Patrimoine Rhône-Alpes

« La place publique et la maison Muron

En 1867, le conseil municipal décide le déblaiement et nivellement de la place de l´église et de la mairie. Dans ce cadre, il projette la démolition de la maison Muron, qui encombre la place, est inhabitée, en mauvais état, et placée juste en face de l´entrée de l´église. Le projet est déclaré d´utilité publique le 7 octobre 1868. Un procès-verbal d´estimation de la maison est dressé le 15 novembre 1867 (rédigé par Thomas Monin, régisseur demeurant à Sourcieux, Jean-Claude Peyron charpentier au bourg et Jean-Baptiste Dubeau entrepreneur de maçonnerie à Montbrison) : c´est une maison en pisé sur des fondations en cailloux et mortier de chaux, avec une chambre au rez-de-chaussée dont le sol est en terre battue, « ayant une porte pleine sur la rue et une fenêtre une cheminée simple dont le manteau est en bois » ; une chambre au 1er étage, un petit grenier dans le comble ; une petite écurie pour deux ou trois animaux en contrebas de la maison, avec au-dessus un fenil ; un petit jardin clos ; contre le mur de derrière de la maison, un petit hangar formé de deux poteaux et d´une légère charpente en bois brut. Les travaux de la place sont achevés en 1873. »

=> Individu non identifié : je n’ai aucun Jean Claude PEYRON né en 1847 ou avant.

« Le pont bascule

La bascule est installée en 1882 : elle est achetée à Favereau frères constructeurs, 11 rue de Lyon à Saint-Etienne (bascule de 10 000 kg à double romaine), et installée dans une maisonnette en brique construite par le maçon Peyron. La bascule occupait l’angle de la rue de la Doua et du chemin de Fontannes.

AD Loire. Série O : 894. Liasse 38, 1837-1883. Pont bascule. 5 mars 1882, extrait des délibérations du conseil municipal : approbation des traités passés avec MM. Favereau frères constructeurs, 11 rue de Lyon à Saint-Etienne, constructeur de bascule, et M. Peyron, entrepreneur de maçonnerie à Chalain-le-Comtal, devis joint : Peyron doit construire la fosse et une maisonnette en brique, Favereau fournit une bascule de 10 000 kg à double romaine (1950 F).

Il s’agit soit d’Antoine PEYRON (1837 > 1891), soit de Jean-Pierre PEYRON (1840 > 1911).

Les autres PEYRON non identifiés

Liste des électeurs, 4e arrondissement électoral de la Loire 1845-1846 (source : archives Diana) :

Sous la Monarchie de Juillet étaient éligibles les citoyens payant au moins 500 F d’impôt et électeurs ceux qui payaient au moins 200 F (loi électorale du 15 avril 1831). Il y avait environ 240 000 électeurs pour toute la France. Le canton de Montbrison, auquel appartient Chalain-le-Comtal, en possédait 140. On retrouve dans cette liste le patronyme PEYRON :

Noms, prénoms, qualité

Date de naissance

Contribution totale

Peyron Philibert, propriétaire à Chalain-le-Comtal

5 mars 1797

322,38

Hélas, malgré de nombreuses heures de recherche, je n’ai pas trouvé la naissance de cet individu sur Chalain-le-Comtal ou dans les communes limitrophes…

Statistiques

Pour finir, voici quelques statistiques sur les 73 individus dénommés PEYRON que j’ai recensés :

  • 44 hommes et 29 femmes
  • 26% d’entre eux n’ont pas dépassé les 20 ans (19 sur 73) :
    • 9 sont décédés dès leur première année
    • 6 sont décédés entre 1 et 5 ans
    • 4 sont décédés entre 6 et 20 ans
  • Année la plus ancienne : 1708 (naissance de PEYRON Jacques)
  • Année la plus récente : 1974 (décès de PEYRON Claudine)
  • Record de longévité :
    • femmes : Claudine PEYRON, 82 ans (1891-1974),
    • hommes : Jacques Claude PEYRON, 84 ans (1883-1967)
  • 4 couples ont eu 9 enfants (le record dans ma généalogie étant de 18)
  • Plus grand écart d’âge entre conjoints : Benoît PEYRON & Benoîte TAMET, épouse de 16 ans plus âgée
  • Âge maximum à l’union : PEYRON Jean-Claude (1881-1950) qui épouse à l’âge de 50 ans, en secondes noces, Marie Augustine CHARRE.
  • 8 garçons (sur 38 !) ont été prénommés “Jacques Claude” !
  • Jacques-Claude PEYRON, l’aubergiste, est déclaré comme témoin à pas moins de 30 évènements (naissances, mariages ou décès) sur une période allant de 1853 à 1898.

Notes

1. Recensement 1911, commune de Chalain-le-Comtal 
2. Cf sa fiche sur le site « Mémoire des Hommes »
3. AD Loire, Montbrison, Matricules numéros 1005 à 1506 – 47NUM_1R1358 – classe 1894 page 595, n° matricule : 1500 

Sources et liens pour en savoir plus

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3 réflexions sur “La famille Peyron à Chalain-le-Comtal

  1. Pingback: Le cahier de doléances de Chalain-le-Comtal | Des Aïeux et des Hommes

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