Qui a volé la Vierge miraculeuse de Chalain-le-Comtal ?

Voici la suite des aventures de mes ancêtres PEYRON à Chalain-le-Comtal (Loire) avec cette histoire tout à fait insolite.

Résumé des épisodes précédents :

  1. L’aubergiste et le curé
  2. La famille Peyron à Chalain-le-Comtal
  3. Le cahier de doléances

Le village de Chalain-le-Comtal, dans la plaine du Forez, est situé à 9 km de Montbrison. Le cimetière communal, désaffecté en 1743 puis remis en usage en 1883, abrite une chapelle qui sort de l’ordinaire : pendant le Moyen-Âge et jusqu’au XIXe siècle, un pèlerinage y amène de nombreux fidèles1. Ils viennent demander à Dieu, par son intercession et celle de saint Guy, la guérison des enfants épileptiques, en retard pour marcher… On fait aussi la lessive des enfants malades dans une source proche. Sa construction date des débuts du XIIIe siècle.

Chapelle de Notre-Dame des Anges, Chalain-le-Comtal  (Illustration : Roger Faure, source : Supplément au n°63 de Village du Forez, 1995)

Chapelle de Notre-Dame des Anges, Chalain-le-Comtal
(Illustration : Roger Faure, source : Supplément au n°63 de Village du Forez, 1995)

À l’intérieur de cette chapelle se trouve une statue en bois sculptée de la Vierge à l’Enfant. Polychrome, sa robe rouge, ajustée au corsage, s’évase à partir des hanches dans une belle harmonie. Les plis sont légèrement cassés sur les pieds chaussés de noir. Le décolleté carré est spécifique de l’époque.

Vierge à l’Enfant © Région Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel

Vierge à l’Enfant
© Région Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel

Lorsqu’en 1743, on cesse d’enterrer dans le cimetière, la chapelle de Notre-Dame-des-Anges continue de servir au culte. On y vient en pèlerinage et on y célèbre la messe tous les vendredis et parfois les mercredis, jusqu’au moment de la Révolution.

Chapelle Notre-Dame-des-Anges - Vue d'ensemble de la façade, depuis le sud © Région Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel

Chapelle Notre-Dame-des-Anges – Vue d’ensemble de la façade, depuis le sud
© Région Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel

La chapelle et le cimetière sont alors vendus comme biens nationaux. La statue de la Vierge qui se trouvait dans la chapelle est alors déplacée dans l’église paroissiale. Au fil de ses propriétaires successifs, la chapelle est aménagée en maison d’habitation avant d’être utilisée comme magasin à fourrage et aire à battre le blé.

Henry Forissier, maire de Chalain en 1890, rapporte deux légendes liées à la chapelle et à la statue miraculeuse qui s’y trouvait2 :

La légende de la statue voyageuse
En 1793 la chapelle fut brûlée ; néanmoins les murs restèrent blancs, ne paraissant pas avoir subi l’action du feu. La statue fut sauvée et portée à l’église par des personnes de bien, mais il fallait aller la chercher plusieurs fois au milieu des ruines de la chapelle, elle y revenait…

La légende de la statue gardienne de bœufs
Un jour de fête de la Sainte-Vierge, un berger alla chercher cette statue pour lui confier la garde de son troupeau, pendant qu’il irait à la messe. À son retour, les bestiaux étaient à leur place, mais la statue était retournée à la chapelle, ce qui fit grand bruit dans le pays. Quelque temps après, deux bergers voulurent tenter l’essai, non pas pour aller à la messe mais pour aller danser. Ils prirent donc la statue et la placèrent près de leurs troupeaux, puis se rendirent au lieu de la danse. À leur retour, ils retrouvèrent leurs bestiaux écartés et paissant chez les voisins. Furieux, ils se rendirent à la chapelle où la statue était revenue, et la frappèrent de leurs aiguillons ; il en jaillit du sang dont les traces restèrent longtemps apparentes sur les murs. Ce sacrilège ne resta pas impuni, les dits bergers séchèrent (expression du pays) et moururent de langueur, cherchant à se suicider.

Chalain-le-Comtal. La vieille église [vue depuis le sud]. Tirage argentique noir et blanc (papier citrate ?), 4e quart XIXe ? (avant 1895), 12,5x18 cm. B Diana Montbrison. Fonds Brassart, cote 5066 © Région Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel , © Bibliothèque de la Diana, Montbrison

Chalain-le-Comtal. La vieille église [vue depuis le sud]. Tirage argentique noir et blanc (papier citrate ?),
4e quart XIXe ? (avant 1895), 12,5×18 cm. B Diana Montbrison. Fonds Brassart, cote 5066
© Région Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel , © Bibliothèque de la Diana, Montbrison

Vers 1840, une nouvelle statue en bois doré remplace la statue polychrome, qui, de ce fait, est reléguée dans un coin de l’église où elle est exposée à toutes sortes de dégradations.

Vierge à l’Enfant, 1ère moitié du XIXe siècle (statue ayant remplacé la précédente polychrome) © Région Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel

Vierge à l’Enfant, 1ère moitié du XIXe siècle
(statue ayant remplacé la précédente polychrome)
© Région Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel

Pour la soustraire aux profanations, mon aïeul, Jacques Claude PEYRON (1777-1853), décide alors de cacher la statue polychrome dans la cave de sa maison, située sur la place de l’église. Elle restera dans sa famille, conservée secrètement, pendant trois générations. En 1888, la chapelle est restaurée. Le petit-fils homonyme, Jacques Claude PEYRON (1829-1907), sans doute pris de remords, dévoile au maire le secret de son grand-père. Et la Vierge à l’enfant sera finalement rendue au village le jour de la bénédiction de la chapelle restaurée.

Cette bénédiction solennelle a lieu le deuxième dimanche après Pâques, soit le 20 avril 1890. La statue est portée processionnellement de la maison Peyron jusqu’à la chapelle par MM. Peyron et Antoine Olivier, ancien maire, suivis du conseil municipal.

Chapelle Notre-Dame-des-Anges - Vue d'ensemble intérieure vers l'abside. © Région Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel

Chapelle Notre-Dame-des-Anges – Vue d’ensemble intérieure vers l’abside.
© Région Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel

L’histoire de cette statue pourrait s’arrêter là, mais le destin en a décidé autrement. En effet, elle a malheureusement été volée dans la chapelle en novembre 1999. Une autre statue portant les mêmes vêtements a été créée par un ébéniste contemporain et placée dans l’église du village, mais les habitants continuent de pleurer leur madone perdue…

Notes

1. Notre-Dame-des-Anges. Un pèlerinage attesté en 1327. S. L.: avril 2005. 8 p. Ill. En N&B et en coul., cartes. Ouvrage publié par la commune de Chalain-le-Comtal, avec la participation de Marie GRANGE, historienne. 
2. Bibl. Diana, Montbrison. 1F42, 35, n°5 à 7. Notes de l’abbé Valendru sur la commune de Chalain-le-Comtal. Chapelle de Notre-Dame de Chalain-le-Comtal (Notre-Dame des Anges). Relation de M. H. Forissier, maire de Chalain. 20 décembre 1890.

Sources et liens pour en savoir plus

Publicités

4 réflexions sur “Qui a volé la Vierge miraculeuse de Chalain-le-Comtal ?

  1. Pingback: Le cahier de doléances de Chalain-le-Comtal | Des Aïeux et des Hommes

  2. Pingback: La famille Peyron à Chalain-le-Comtal | Des Aïeux et des Hommes

  3. Pingback: L’aubergiste et le curé | Des Aïeux et des Hommes

  4. Pingback: Qui a volé la Vierge miraculeuse de Chal...

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s