Des bords du Cher jusqu’à Mayence, en passant par Salonique

Voici l’histoire de Georges Félix GUÉNIN (1881-1948), un poilu qui aura vu du pays. Il est le sosa n°16 de mes enfants, autrement dit leur arrière-arrière-grand-père, côté paternel cette fois.

Carte d'identité de Georges Guénin (archives familiales)

Carte d’identité de Georges Guénin (archives familiales)

Il est né le 25 février 1881 à Mennetou-sur-Cher, dans le Loir-et-Cher (41), à “l’Auberge de l’Étoile”.

Carte postale ancienne, Mennetou-sur-Cher (Loir-et-Cher), Pont du Canal et Porte de Ville. (source : AD41)

Carte postale ancienne, Mennetou-sur-Cher (Loir-et-Cher), Pont du Canal et Porte de Ville. (source : AD41)

Il est le deuxième d’une fratrie de trois garçons, l’un né en 1878, Auguste Alfred, l’autre en 1887, Maxime Adolphe.

Ses parents, Honoré Auguste GUÉNIN et Adolphine Rose RÉGENT sont propriétaires cultivateurs à Thénioux; (18), village situé dans un autre département mais distant de Mennetou-sur-Cher d’à peine 5 km, en amont de la rivière.

Carte générale de la France. 010, [Bourges]. N°10. 48e (Cassini), 1761 (source : Gallica)

Carte générale de la France. 010, [Bourges]. N°10. 48e (Cassini), 1761 (source : Gallica)

dép. nb d’habitants en 1881 nb d’habitants en 1921
Mennetou-sur-Cher 41 1012 922
Nouan-le-Fuzelier 41 1740 2025
Thénioux 18 588 560

Recensements

Carte postale ancienne, Thénioux (Cher), Place de l’Église (source : Delcampe)

Carte postale ancienne, Thénioux (Cher), Place de l’Église (source : Delcampe)

On retrouve Georges Félix Guénin à Thénioux lors de chaque recensement (parmi ceux disponibles à la consultation en ligne), sauf celui de 1901. Pour ce dernier, âgé de 20 ans, on peut imaginer qu’il soit en apprentissage chez un patron pour apprendre le métier de charcutier (qu’il déclare exercer dans le recensement suivant, en 1906). Mais ce n’est qu’une hypothèse.

année commune quartier âge profession
1891 Thénioux Le Bourg 11 enfant
1901 Thénioux Le Bourg 20 ABSENT
1906 Thénioux Le Bourg 25 charcutier
1911 Thénioux Le Bourg 30 ouvrier agricole

En 1911, il est présent dans le recensement de Thénioux, comme “ouvrier agricole”, habitant avec son père et son plus jeune frère, sa mère étant décédée en 1907 et son grand frère en 1910.

Service militaire et Première Guerre Mondiale

On retrouve sa fiche matricule aux Archives du Cher, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle est plutôt dense

Fiche matricule de Georges Félix Guénin, n° 1512, classe 1901 (source : AD18)

Fiche matricule de Georges Félix Guénin, n° 1512, classe 1901 (source : AD18)

Nous apprenons qu’il mesure 1,70 m, qu’il a les cheveux et sourcils châtains, les yeux gris bleu, le front large, le nez fort, le menton rond et le visage ovale. Le degré d’instruction 2 indique qu’il sait lire et écrire, mais pas compter… Il est, par contre, rompu au maniement des armes (“degré d’instruction militaire : exercé”)

En 1901, au Conseil de Révision, il est jugé bon pour le service, mais dispensé, car il a déjà un frère sous les drapeaux. Il s’agit en fait d’Auguste Alfred (fiche matricule) qui accomplit son service en tant que “2e canonnier servant” au 7e Bataillon d’Artillerie à Pied. Celui-ci décèdera en 1910, à l’âge de 32 ans, pour une raison qui m’est inconnue. Georges Félix a un autre frère, plus jeune, Maxime Adolphe, né en 1887, (fiche matricule), qui sera tué à l’ennemi le 26 octobre 1914 à La Bassée (59).

Finalement, Georges Félix effectue son service dans l’armée active et ses périodes d’exercice en 1902-1903, au 95e RI, en casernement à Bourges.

1914-1915

Il est rappelé à l’activité par le décret de mobilisation générale du 01/08/1914. Il part aux armées au 295e RI le 16/08/1914. Son régiment combat successivement dans le ballon d’Alsace, le Pas-de-Calais, puis à la Deuxième Bataille d’Artois.

Il est blessé à la tempe gauche le 2 novembre 1915 dans la forêt d’Apremont (Meuse), évacué et soigné à l’Hôpital de Dôle (Jura) jusqu’au 10/12/1915.

Armée d’Orient

Carte postale ancienne, Salonique, Campement français, 3 mars 1917 (source : Europanea)

Carte postale ancienne, Salonique, Campement français, 3 mars 1917 (source : Europanea)

Le front serbe, stable depuis la fin 1914, s’est écroulé brutalement à la fin de l’automne 1915 à la suite de l’entrée en guerre de la Bulgarie.

L’armée serbe, après une tragique retraite dans des conditions épouvantables, se dirige vers l’Adriatique à travers les montagnes d’Albanie. Un corps expéditionnaire français, sous les ordres du général Sarrail est arrivé trop tard pour rétablir la situation et les restes de l’armée Serbe sont recueillis et transportés par la marine française. Les troupes serbes, soignées et entièrement rééquipées par la France, rejoignent l’Armée d’Orient du général Sarrail.Cette armée, ignorée par bon nombre d’hommes politiques français mais aussi de militaires, manque de moyens et ne peut guère étendre ses opérations vers le nord. Les troupes alliées restent dans un grand camp situé sur le territoire grec, à proximité de la ville de Salonique.

La Grèce, seul pays resté neutre depuis le début de la guerre dans cette région, a un roi, Constantin 1er, qui a des sympathies personnelles pour l’Allemagne (il est le beau-frère de Guillaume II), tandis que son ancien Premier ministre, Venizelos, est partisan du camp allié. En septembre 1916, Venizelos constitue un gouvernement rebelle officiellement reconnu par la France et la Grande Bretagne. La situation entre le royaume de Grèce et les Alliés ne cessant d’empirer, les Alliés font pression par la force et devancent les manœuvres de la diplomatie allemande, visant à rallier la Grèce à sa cause. Le coup de main allié oblige le roi à composer avec eux. Le 25 novembre 1916, le gouvernement provisoire grec a déjà déclaré la guerre à l’Allemagne et à la Bulgarie.(source)

Georges Félix part avec l’Armée d’Orient le 1er janvier 1916, avec le 242e RI. Il fait partie de l’expédition de Salonique qui engagera au total 400 000 soldats français. La ville, transformée en camp retranché, accueille mi-1916 près de 300 000 hommes (Français, Britanniques, Serbes, Italiens et Russes).

La concentration de réfugiés, les marécages qui font de la Macédoine le dernier endroit d’Europe où le paludisme sévit et un service médical peu développé favorisent toutes sortes d’épidémies (cf. Camp de Salonique sur Wikipedia).

Neuf mois après son arrivée, le 18/09/1916, Georges Félix est d’ailleurs évacué pour maladie (paludisme). Il reste 10 jours dans l’Ambulance de Salonique n°7 puis repart aux armées le 29/09/1916.

Il demeure encore 11 mois dans l’enclave grecque avant d’être rapatrié et arriver à Marseille le 10/09/1917.

Une guerre qui s’éternise

Il reste 6 mois au dépôt du 95e RI puis  repart au front avec le 9e Bataillon du 108e RI, puis la 6e Compagnie du 127e RI, en juillet 1918.

L’armistice est certes signé le 11/11/1918 mais les appelés n’en ont pas fini avec leurs missions pour autant.

Le 9 janvier 1919, Georges Félix et le 127e RI sont embarqués pour Mayence afin de gérer le service de triage et du rapatriement des prisonniers français revenant d’Allemagne, puis pour assurer la garde des démobilisés Rhénans au camp de Griesheim, près de Darmstadt.

Georges Félix est une troisième fois évacué, encore une fois pour une crise de paludisme, le 10/02/1919. Il reste hospitalisé un mois à l’Hôpital de Mayence n°2 du 10/02/1919 au 10/03/1919.

Il est finalement envoyé en congé illimité de démobilisation le 28/03/1919 et se retire à Thénioux.

La Commission de Réforme de Bourges du 12/10/1928 le maintient dans le service armé avec une invalidité inférieure à 10% avec comme mention “signe objectif de paludisme. Etat général satisfaisant”.

Il reçoit un certificat provisoire de combattant le 17/03/1930.

Voici un tableau qui recense toutes ses affectations en tant que soldat :

date début date fin type régiment lieu durée approximative
14/11/1902 24/09/1903 service 95e R.I. 10 mois
25/08/1908 21/09/1908 1ère période d’exercices R.I. de Bourges 27 jours
15/05/1911 31/05/1911 2e période d’exercices R.I. de Bourges 16 jours
04/08/1914 15/08/1914 Intérieur CS R.I. de Bourges dépôt de Bourges
16/08/1914 10/12/1915 Aux armées CD 295e R.I. 1 an et 4 mois
02/11/1915 09/11/1915 Blessure tempe gauche 295e R.I. Ambulance (Forêt d’Apremont) 7 jours
06/11/1915 10/12/1915 En soins 35e R.I. Hôpital de Dôle 1 mois
11/12/1915 31/12/1915 Intérieur blessure de guerre CD 35e R.I. Dépôt 20 jours
01/01/1916 18/01/1916 Transfert 35e R.I. Voyage en bâteau vers l’Orient 17 jours
18/01/1916 17/09/1916 242e R.I. Salonique 8 mois
18/09/1916 28/09/1916 Evacué pour maladie (paludisme) 242e R.I. Ambulance de Salonique n°7 10 jours
29/09/1916 31/08/1917 242e R.I. Salonique 11 mois
01/09/1917 10/09/1917 Rapatrié d’Orient 242e R.I. Voyage retour de Salonique à Marseille
11/09/1917 03/07/1918 Intérieur CD 95e R.I. Dépôt 9 mois
04/07/1918 19/07/1918 Aux armées CD 108e R.I. (9e bataillon) 15 jours
20/07/1918 09/01/1919 Aux armées CD 127e R.I. (6e Cie) 6 mois 1/2
09/01/1919 10/02/1919 127e R.I. (6e Cie) Mayence 1 mois
10/02/1919 10/03/1919 Évacué pour maladie (paludisme) 127e R.I. (6e Cie) Hôpital de Mayence n°2 1 mois
11/03/1919 28/03/1919 95e R.I. Dépôt
28/03/1919 Congé illimité de démobilisation

CS : Campagne Simple ; CD : Campagne Double

Après-guerre

Carte d'identité d'Adrienne Agnès BLEAUT (archives familiales)

Carte d’identité d’Adrienne Agnès BLEAUT (archives familiales)

Six mois après son retour, il se marie, le 10 novembre 1919 à Nouan-le-Fuzelier (41) avec Adrienne Agnès BLEAUT (née le 21 janvier 1892) avec qui il aura 4 enfants, tous nés à Thénioux :

  • Georges Adrien, le 1er février 1920 (sosa n°8 de mes enfants)
  • André Auguste, le 16 avril 1921
  • Hélène Lucienne, le 11 octobre 1923
  • Marguerite Aimée, le 18 mai 1925

Il décède le 15 décembre 1948 à Thénioux.

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5 réflexions sur “Des bords du Cher jusqu’à Mayence, en passant par Salonique

  1. Le truc qu’on a constaté le jour de l’enterrement de ma grand-mère Claudette (la femme de Georges Adrien, le premier né de Georges Félix), c’est dans l’arbre généalogique établi par Hélène : Georges Félix et Adrienne se sont mariés le 10 novembre 1919. Leur fils est déclaré né le 1er février 1920… (je vous laisse réfléchir…)
    Il se disait qu’il était né fin janvier mais qu’on l’avait déclaré le 1er février.

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    • Salut Sido !
      Le truc qui pourrait te rassurer, c’est que Georges Félix est rentré de l’armée en mars 1919. Donc pour une naissance même fin janvier 1920, on est dans les délais ! Ouf, l’honneur est sauf :-). De plus, une conception hors mariage, après 5 ans de service, je trouve ça compréhensible… et c’est un grand classique en généalogie…

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      • j’ai également vérifié la date de démobilisation tu penses bien… Et vu comme le Georges Félix ressemble à sa descendance, j’ai pas trop de doutes.

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  2. Une histoire bien enrichie avec toutes les étapes saillantes d’une vie !
    Vers la fin du 19e siècle, les documents justifiant l’identité d’un individu sont devenus plus accessibles.

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