Une famille picarde au XIXe siècle – Épisode 3 : Le grand-père clerc laïc et la fille indigente…

Dans les deux épisodes précédents, je vous avais narré la vie de Louis Stanislas Hennequin, puis décrit le village de Vaux-sur-Somme grâce à la monographie communale. Je vais maintenant revenir en arrière, pour vous faire découvrir de quelle famille Louis Stanislas était issu.

LE GRAND PERE Gabriel Théodore HENNEQUIN (1740-1824)

Le grand-père, Gabriel Théodore HENNEQUIN, (sosa 208, génération 8), est qualifié, dans les différents actes officiels de sa vie, de fabricant de lin, d’arpenteur, et de clerc laïc.

Le métier de fabricant de lin 

Vers 1750, beaucoup de manouvriers se mirent à exercer la profession de fabricant de lin. Ils utilisaient un métier à tisser dans une des dépendances de leur maison. D’autres devinrent « fabricants » et « marchand de lin », à la fois producteur et négociant.

CPA : Beauquesne (Somme) – Le travail du lin – La Fileuse (source)

Le métier d’arpenteur

Voici la définition de l’encyclopédie Diderot et d’Alembert (source) :

ARPENTEUR, s. m. (Géom.)​ On appelle ainsi celui qui mesure, ou dont l’office est de mesurer les terreins, c’est-à-dire de les évaluer en arpens, ou en​ toute autre mesure convenue dans le pays où se fait l’arpentage.

Encyclopédie Diderot et d’Alembert – Planches tome V (1767) – Arpentage (source)

Le métier de clerc laïc

C’est la première fois que je rencontrais cette profession, et j’ai trouvé peu de sources, excepté une seule, heureusement excellente : « Du maître clerc laïc à l’instit… à travers 312 ans d’histoire de l’école de Brécy (Aisne) » par Bernadette MOYAT. J’en cite quelques extraits :

Les écoles rurales étaient rares au Moyen Âge, quand Paris, en mai 1380, ne comptait que quarante maîtres et vingt maîtresses primaires.

[…]

Du XIIe au XVIe siècle, les magistri scholarum étaient appelés clercs en qualité d’auxiliaires du clergé et Carlier, dans son “Histoire du Valois”, parue en 1765, écrit : “le soin de présider a l’instruction de la jeunesse fut déféré aux curés et l’exercice de cet emploi confié à des clercs tantôt séculiers, tantôt laïcs, selon les lieux et la situation des paroisses”.

[…]

Qu’enseignait-on dans ces écoles ? Apprendre à signer n’était évidemment pas l’unique activité scolaire ; si nous reprenons la déclaration de Louis XIV en 1698, nous trouvons : “nous voulons que l’on établisse … des maîtres et des maîtresses … pour instruire les enfants des deux sexes des principaux mystères de la religion … du cathéchisme et des prières … comme aussi pour y apprendre à lire et même écrire à ceux qui pourraient en avoir besoin…”. Les éléments d’arithmétique et de grammaire s’ajoutaient aussi ; cet enseignement minimum pouvait être élargi, selon les qualités pédagogiques et les connaissances du maître.

[…]

Le maître pouvait-il à cette époque se considérer, ou être considéré, comme un notable ? Pénétré de l’importance de ses fonctions et d’un savoir dont beaucoup étaient dépourvus, il se sentait l’égal des maîtres artisans qui, eux, lui contestaient cette équivalence et le traitaient, non sans ironie, d’abécédaire ; de plus, à la différence de l’artisan, il était dépendant de la communauté, de la fabrique du curé qui le rétribuaient et l’on ne pouvait certes le traiter de nanti. Son état était même précaire en cas de crise frumentaire* puisque, par la déclaration royale du 13 décembre 1698, instituant aussi la gratuité, ses émoluments étaient imposables sur les habitants à raison de 150 livres pour un maître et de 100 livres pour une maîtresse. En pratique, cependant, chaque paroisse agissait selon ses usages, ses possibilités en fonction de la richesse et du nombre de ses habitants ; le fixe, parfois bas, était augmenté de contributions plus ou moins volontaires…

[…]

En plus de ses attributions de pédagogue, le maître était chargé des tâches pour lesquelles on le rétribuait et qui relevaient de celles de sacristain, d’enfant de chœur, de chantre le cas échéant. Certains maîtres balayaient l’église, sonnaient les cloches ; ils administraient parfois, en l’absence du curé, le baptême qui intervenait toujours dès la naissance ; cependant la hiérarchie y était plutôt hostile “sauf en cas de nécéssité ou de danger de mort”. Ils servaient aussi de témoins lors des testaments, ventes, baptêmes, décès, mariages.

[…]

Certains maîtres, pour augmenter leurs revenus, avaient une activité annexe rétribuée : horloger, arpenteur, greffier.

* provoquée par l’insuffisance des récoltes de blé

En tant que lettré, et avec ses activités annexes de fabricant de lin et arpenteur, Gabriel Théodore HENNEQUIN devait plutôt faire partie des paroissiens aisés du village.

Il apparaît d’ailleurs comme témoin de la plupart des mariages, naissances et décès de la commune.

Carte Postale Ancienne : Vaux (Somme) – L’église et le grand marronnier (source)

Gabriel Théodore HENNEQUIN et son épouse Marie Thérèse CARUEL ont eu 11 enfants, 7 garçons et 4 filles. 2 sont décédés en bas âge.

La mère

L’avant-dernière de la fratrie, c’est Marie Augustine « Victoire » HENNEQUIN.  C’est elle la mère de Louis Stanislas HENNEQUIN dont je vous parlais dans l’épisode 1.

Sa mère, qui a accouché à 40 ans, décède lorsque sa fille en a 14.

Sûrement élevée par ses deux soeurs plus âgées. Victoire épouse en 1801 à l’âge de 22 ans Jean-Baptiste WIARD, un tisserand d’une commune limitrophe (Bonnay). Victoire est dite « fileuse« . Ils auront 4 enfants en 8 ans. Malheureusement, Jean-Baptiste WIARD décède à l’âge de 36 ans, en 1811. Victoire doit survivre avec 4 enfants à charge.

Trois ans après le décès de son époux, elle donnera naissance à son dernier fils, Louis Stanislas, sans que le père ne soit connu.

Indigente

J’ai essayé de découvrir, grâce aux recensements, dans quel type de foyer vivait Victoire à cette époque. Hélas, le recensement de Vaux-sous-Corbie de 1817 est assez succinct, il ne liste que les noms et prénoms des « chefs de famille », entendre ici les « hommes ». Les veuves n’apparaissent que sous leur nom d’épouse, sans mention du prénom…

Les colonnes sont composées ainsi :

  • nombre de maisons d’habitation
  • nombre par ménage d’individus des deux sexes :
    • mariés, hommes et femmes
    • enfants, garçons et filles, inférieur à 30 ans
  • célibataires, âgés de 30 ans ou plus :
    • hommes
    • filles

J’ai tout de même trouvé une ligne où il est mentionné « La Veuve WIARD », indigente », (et donc en fin de liste), qui semble correspondre. Son foyer est composé d’un adulte et de 5 « enfants » (individus célibataires âgés de moins de 30 ans).

Détail du recensement 1817 de Vaux-sous-Corbie (source : 6M784 – AD Somme)

Ce nombre de 5 correspond bien au nombre d’enfants que j’ai recensés, tous nés à Vaux-sur-Somme :

  • Marguerite Thérèse Victoire WIARD (née en 1801)
  • Josèphe Romantine WIARD (née en 1805)
  • Claude Jean Baptiste Nicaise WIARD (né en 1807)
  • Louis François Hippolyte WIARD (né en 1809 – profession de tourbier, décédé à 26 ans, « dans les marais de Vaire-sous-Corbie »)
  • Louis Stanislas HENNEQUIN PÉCHIN (1814 – 1837)

De plus, tout au long de sa vie, Victoire HENNEQUIN, veuve WIARD est désignée comme fileuse, ce qui était souvent une activité d’appoint, peu rémunératrice, et qui effectivement devait difficilement suffire pour subvenir aux besoins de 5 enfants.

Carte postale ancienne de Vaux-sur-Somme – Étang et ancien moulin (source : Delcampe)

Merci pour votre attention et à bientôt pour de nouvelles aventures.

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